World Mix

 

chants traditionnels arrangés

pour voix et 7 instruments

par Jean-Baptiste Apéré, Mathieu Nantois et Alexandre Moreau

 

commande de l'ensemble PTYX

et de l'association Phloème

 

création à Tours le 7 mai 2010

 

"pour une suite aux folk songs de Luciano Berio"

En 2008, l’ensemble PTYX prend naissance en interprétant une œuvre phare du 20e siècle : les Folk Songs de Luciano Berio. Pour consolider l’effectif rare exigé par cette pièce, l’ensemble PTYX en association avec Phloème passe commande à plusieurs compositeurs d’une partition écrite sur la même démarche, à savoir un arrangement pour voix et sept instruments de chants traditionnels de différentes régions du monde.
Le titre du cycle, « World Mix », est emprunté à l’ethnomusicologue Laurent Aubert dans sa classification des musiques du monde en plusieurs tendances dominantes (« Le grand bazar : de la rencontre des cultures à l’appropriation de l’exotique », dans Pom pom pom pom : musiques et caetera, Neuchâtel, Musée d’ethnographie, 1997). Il se réfère aux différentes expériences interculturelles de fusion musicale qui consistent à mêler les timbres, les procédés et les techniques de voix et d’instruments aux origines les plus diverses.
A la même époque où Berio compose ses Folk Songs (1963), le mélange des genres est également pour les groupes de pop-music un moyen d’ouvrir leurs horizons musicaux. Cinquante ans plus tard, trois compositeurs nourris de toutes ces influences vont chercher dans leur propre vécu des chansons populaires qui les ont marqués. Ils donnent à ces musiques éloignées historiquement et/ou spatialement une nouvelle jeunesse en les confrontant à des écritures contemporaines. Le tout pour un plaidoyer en faveur du métissage musical d’aujourd’hui.

compositeurs/arrangeurs

Jean-Baptiste Apéré

Alexandre Moreau

Mathieu Nantois

 

 

SUMMERTIME

source : texte de DuBose & Dorothy Heyward et Ira Gershwin, musique de Georges Gershwin, 1935 / pays : Etats-Unis / langue : anglais

arrangé pour voix et harpe par Alexandre Moreau

Summertime and the livin’ is easy
Fish are jumpin' and the cotton is high
Oh your daddy's rich and your ma' is good lookin'
So hush little baby, don't you cry.

One of these mornin's, you're goin’ to rise up singin'
Then you’ll spread your wings and you’ll take to the sky
But til that mornin', there’s a nothin' can harm you
With Daddy and Mammy standin' by. 

C’est l’été et la vie est agréable ;
Les poissons sautent et le coton est haut ;
Ton papa est riche et ta maman est jolie ;
Alors, chut, petit bébé, ne pleure pas.

Un de ces jours, tu vas te lever de bonne heure,
Déployer tes ailes, petit, et prendre ton envol.
Jusqu’à cette aube, rien ne viendra te faire mal,
Puisque ton papa et ta maman sont à tes cotés.

EL PAÑO MORUNO

source : Manuel de Falla, Siete canciones populares españolas, 1914 / pays : Espagne / langue : espagnol

arrangé pour voix, flûte, clarinette, alto, violoncelle et harpe par Mathieu Nantois

Al paño fino, en la tienda,
Una mancha le cayó ;

Por menos precio se vende,
Porque perdió su valor.
¡Ay!

Au drap très fin, dans la tienda,
Si quelque tache apparait,
A faible prix qu’on le vende !
Il a perdu sa valeur !
Ay !                  

adaptation de Paul Milliet

PHAINETAI

source : Sappho (~ 500 av. J.C.) / pays : Grèce / langue : grec ancien

arrangé pour voix, flûte, clarinette, alto et violoncelle par Jean-Baptiste Apéré


Un rival des dieux, tel me semble l’homme
que je vois assis devant toi, de face,
lui qui peut t’entendre, si proche – douce,
   lorsque tu parles,

saisissante, lorsque tu ris – ce rire
qui, en moi, a bouleversé mon âme.
Car à peine je t’aperçois, je reste
   toute muette ;

et ma langue est comme brisée ; se glisse,
sous ma peau, soudain, une fine flamme ;
et mes yeux, aveugles, se vident ; mes o-
   reilles bourdonnent ;

la sueur ruisselle sur tous mes membres ;
un frisson me prend ; plus livide encore
qu’herbe jaunissante, je crois sentir la
   mort qui s’approche
.

traduction : Philippe Brunet
(Sappho : poèmes et fragments, L’Age d’Homme, 1991)

AR BARADOZ

source : cantique de Saint-Hervé (VIe siècle ap. J.C.) / pays : France / langue : breton

arrangé pour voix, flûte, clarinette, alto, violoncelle, harpe, cloches tubulaires, 2 tam-tam et ressort par Jean-Baptiste Apéré

Kerkhent ha ma vezo
Torret va chadennoù,
M’en em savo en aer

Evel un alc’houeder.Tremen a rin al loar
Evit monet d’ar ch’loar
Dreist an heol, ar stered,
Me a vezo douget.

Evel ur vag gollet,
Va c’horf deus va c’haset
Aman, dre an anvel,
Ar glav har ar riell.

Marv, te an treizher
A zigor din ar gêr,
Pa vruzun gant an her
Va lestr ouzh he rec’hier

.— Aussitôt que mes chaînes seront brisées, je m’élèverai dans les airs comme une alouette.

— Je passerai la lune pour aller à la gloire, je foulerai aux pieds le soleil et les étoiles.

— Mon corps, comme un vaisseau perdu, m’a conduit ici, malgré les vents et la tempête.

— O trépas, tu es le portier qui m’ouvre le château contre les écueils duquel les flots ont brisé mon navire.

traduction : Théodore Hersart de la Villemarqué, Chants populaires de la Bretagne, 1846

YUKAI

source : texte de Aki Hata / pays : Japon / langue : japonais

arrangé pour voix, flûte, clarinette, alto, violoncelle, harpe, 3 temple-block et tam-tam par Jean-Baptiste Apéré

Waapu de ruupu na kono omoi wa
Nani mo ka wo makikonda souzou de asobou
Aru hareta hi no koto
Mahou ijou no yukai ga
Kagirinaku furisogu...
Oikakete ne tsukamaete mite
Ooki na yume, yume suki deshou ?

Mes pensées qui sont dérangées et déformées
Joueront dans mon imagination où j’ai tout balayé.
Un jour ensoleillé,
Amusons-nous au-delà de la magie
Qui se répandra sans fin...
Pourchassons-le, tentons de l’attraper,
On aime les rêves et les grands rêves, non ?

URRUNDIK IKUSTEN DUT (Salut à mon village !)

source : Jean Baptiste Elizanburu, 1862 / pays : France / langue : basque

arrangé pour voix, alto, violoncelle et tambour de basque par Mathieu Nantois

Urrundik ikusten dut, ikusten mendia,
Beraren gibelean baitut nik herria;
Jadanik dut aditzen, zorion handia!
Ezkila maitearen hasperen eztia.

Mendiaren hegitik hartuz zeiharrera,
Iduri xingola bat, aldapa behera,
Bidexka, hi xuxen haiz jausten zelaiera,
Xuxen ereman nezak ahaiden artera.

Baratze gibeleko elorri xuria,
Beti duk begiratzen haurreko tokia.
Hik bezala zertako, aldaska garbia,
Ez diat sor-lekuan higatzen bizia?

Je vois au loin, je vois la montagne
Derrière laquelle se trouve mon village...
J'entends déjà, quel immense bonheur,
Le doux soupir de la cloche bien aimée !

En t'écartant de la route, par le flanc de la montagne
Tel un ruban qui glisse le long de la côte
Tu descends, sentier, tout droit vers la vallée
Mène-moi, sans détour, auprès des miens.

Et toi, aubépine du fond du jardin,
Tu gardes toujours le lieu de mon enfance,
Pourquoi, comme toi, branche pure,
Ne puis-je passer ma vie là où je suis né ?

traduction: Peio Heguy

OGOU O WA DE ZANJ (chant pour Ogou)

source : chanté par Mimerose Beaubrun, Port au Prince (enregistrement Rythms of Rapture : sacred musics of Haitian Vodou, Smithsonian Folkways, 1995) / pays : Haïti / langue : créole

arrangé pour voix et 2 caisses claires par Jean-Baptiste Apéré

Ogou O, wa dè zanj
Lè m sonje pitit an mwen chwal an mwe
Chwal an mwe parenn Ogou chwal an mwe
Lè m sonje pitit an mwen chwal an mwe
Ogou O, djab-la di lap manje mwen si se vre ?

Pa fout vre
Ogou O djab-la di lap manje mwen si se vre ?
Men gen Bondje O gen lèsen-yo
Djab la di lap manje mwen se pa vre
Se pa vre ti moun-yo se pa vre
Sa se jwèt ti moun-yo sa se blag

Ogou Oh, roi des anges
Mon enfant me manque, mon cheval
Mon cheval, parrain Ogou, mon cheval,
Mon enfant me manque, mon cheval
Ogou oh, l’esprit dit qu’il me mangera, est-ce vrai ?
Ce n’est pas vrai
Ogou Oh, l’esprit dit qu’il me mangera, est-ce vrai ?
Mais nous avons Dieu, Oh nous avons les saints
L’esprit dit qu’il me mangera, ce n’est pas vrai
Ce n’est pas vrai, mon enfant, ce n’est pas vrai
C’est un jeu, mon enfant, c’est pour rire.

traduction : Elizabeth McAlister / J.B. Apéré

MENTERIES 

source : chanté par Thomas Baronnet, Le Pont-Chrétien, recueilli par Emile Barbillat et Laurian Touraine (Chansons populaires dans le Bas-Berri, 1931) / pays : France (Berry) / langue : français

arrangé pour voix, flûte, clarinette, alto, violoncelle, harpe, crotales, cloches tubulaires, tam-tam et clapping  par Jean-Baptiste Apéré

Par un bois passant                           
 – A rien ça n’ressemble –                 
Je vis un hareng                                  
Monté sur un tremble.                        
De la musette il jouait,                       
Un aveugle le regardait,
Pendant qu’un sourd l’écoutait,
Un muet disait l’branle.          
                       

J’ai bien vu un loup                              
Avec une chèvre                                
Qui plantaient des choux                      
Sur les reins d’un lièvre.                       
J’ai bien vu un’ gross’ brebis                 
Tirer les dents d’un’ perdrix,                  
Et un bœuf dans un étui                       
Qui tremblait de fièvre.         

J’ai vu un dindon
Fair’ de la dentelle,
Aussi un poisson
Qui jouait de la vielle.
J’ai bien vu un chat noyé
Plier des sacs en papier
Quatre-vingt-dix-neuf sav’tiers
Dans un nid de merle. 

J’ai vu l’mardi-gras
Le trent’-deux septembre,
Fricasser des pois
Dans un pot de chambre.
J’ai vu Pâqu’s un vendredi,
La mi-carême après lui ;
Messieurs, si j’vous ai menti,
Pardon j’vous demande.