Plessis-Théâtre Gabriel Monnet, La Riche / dimanche 18 septembre 2011

salle Jean de Ockeghem, Tours / jeudi 29 septembre 2011

programme

Erik Satie : mystificateur sans talent ou génie sans gloire ? La question embarrasse... L’ensemble PTYX aborde d’autres rivages, en Outre-Manche et Outre-Atlantique. Chez des compositeurs pour qui Satie est depuis longtemps un « Père Spirituel », initiateur des musiques d’ameublement, des musiques minimales et répétitives, des musiques pour ainsi dire « en forme de poire ». Le nom de ses descendants ? John Adams, Steve Reich, Howard Skempton et plus encore. Au travers de quelques œuvres d’Erik Satie (dont Cinéma, joué en direct pendant la projection du film Relâche de René Clair) et de musiques anglo-américaines (dont beaucoup seront données en première audition française, comme le Double Sextet de Steve Reich, Prix Pulitzer 2009), l’ensemble  PTYX, en association avec la Cie La Lisière des Marges et Aline Dubromel, dépoussière l’homme au parapluie de toute politesse embarrassée pour lui poser la question sans réponse : « Parlez-vous anglais, Monsieur Satie ? ».

durée du spectacle : 1h30 avec un entracte de 15 min.

  • Erik SATIE, Musique d’ameublement / 1917-1918 / ~ 10 min. [flûte, clarinette, trompette et quatuor à cordes]
    1. Carrelage phonique. Peut se jouer à un lunch ou à contrat de mariage.
    2. Tapisserie en fer forgé. Pour l’arrivée des invités (grande réception). A jouer dans un vestibule.

  • Peter DICKINSON, 3 Satie-Transformations / 1970 / 8 min. [piano]

  • Charles IVES, The Unanswered Question / 1906 / 8 min. [trompette, 2 flûtes, hautbois, clarinette et quatuor à cordes] / Oeuvre qui, dans sa concision même, se veut à portée métaphysique : la contemplation d ‘ « une chose sérieuse », « un paysage cosmique », selon les propres termes du compositeur. Fond des cordes tenant de lents accords parfaits en triple piano – le « silence des Druides, qui savent mais n’entendent rien » – solo de trompette avec sourdine, répétitif, posant l’ « éternelle question de l’existence ». Les bois tentent une réponse – la « réponse invisible ». Par six fois, la Question demeure sans réponse. La septième fois, les cordes retournent au silence… « Il est tentant pour chacun de vouloir récupérer aujourd’hui cette oeuvre énigmatique, et d’y voir, qui une annonce de la « musique concrète », qui une « innovation polytonale », qui est une forme de « musique indéterminée », qui un essai de « musique conceptuelle ». Mais La Question sans réponse continue à défier les interprétations réductrices » (Michel Chion). Le propre des chefs-d’oeuvre.

  • Dominic MULDOWNEY, On Suicide (sur un texte de Bertolt Brechtt) / 1989 / 2 min. CREATION FRANÇAISE [voix, 2 clarinettes, alto, violoncelle, contrebasse]

  • Kyle GANN, Satie (sur des textes d'Erik Satie) / 1975 / 4 min. (extrait). CREATION FRANÇAISE [voix, flûte, violon, glockenspiel et harpe]

  • Howard SKEMPTON, How Slow The Wind (sur un poème d'Emily Dickinson) / 1989 / 3 min. CREATION FRANÇAISE [voix, 2 clarinettes, alto, violoncelle, contrebasse]

  • Steve REICH, Double Sextet (PRIX PULITZER 2009) / 2008 / 22 min. CREATION FRANÇAISE [flûte, clarinette, violon, violoncelle, piano, vibraphone et bande]. Double Sextet est une oeuvre du compositeur américain Steve Reich (né en 1936) écrite en 2007 pour un ensemble concertant de 12 instruments ou bien 6 musiciens jouant contre une bande magnétique. Le compositeur reçoit le Prix Pulitzer 2009 de musique pour cette oeuvre qu’il considère comme « un travail majeur qui présente la capacité de canaliser une poussée initiale d'énergie en un événement musical de grande ampleur construit de manière contrôlée et perpétuellement intrigant pour l'oreille ». Six musiciens jouent en duo avec une version de l’oeuvre enregistrée par eux-mêmes. La pièce fonctionne comme un miroir électronique qui viendrait refléter la pulsation rapide et dynamique du piano et du vibraphone ; sur ce reflet vient s’ajouter des longs accords de cordes et vents. Les interprètes, enregistrés et en direct, créent des couches sonores successives, à la manière d’un mille-feuilles musical.

  • Erik SATIE, Cinéma (extrait de Relâche) + projection du film de René Clair, Entr’acte / 1924 / 18 min. Relâche est créé par les Ballets Suédois en 1924, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Le scénario et les décors sont signés du peintre Francis Picabia : « Que dire de Relâche ? c’est le mouvement perpétuel, c’est la vie, c’est la minute où nous cherchons à être heureux ; c’est la lumière, la richesse, le luxe, l’amour, loin des conventions de la pudeur ; sans morale pour les sots, sans recherche artistique pour les snobs (…). Il n’y pas de décors, il n’y pas de costumes, il n’y a pas de nu, il n’y a qu’espace, l’espace que notre imagination aime à parcourir ». Entra’cte cinématographique comme on le faisait dans le music-hall 1900, le film se veut, selon les mots de son réalisateur René Clair « un entracte aux imbécillités quotidiennes…. qui traduit les rêves et les événements non matérialisés qui passent dans nos cerveaux ». On peut y voir un chameau traîner un corbillard chargé de couronnes de pain à la place des fleurs, une femme à barbe danser sur une plaque de verre, flamber un petit tas d’allumettes et surtout Satie et Picabia tirer allègrement au canon sur Paris. Dans une autre séquence, Marcel Duchamp joue aux échecs avec Man Ray, avant de se faire arroser par Picabia. La musique composée par Satie, chronomètre à la main, renforce chaque image sans jamais attirer sur elle l’attention consciente. « Cette partition, écrite en 1924 pour l’accompagnement d’un film silencieux, est plus cinématographique que nombre de partitionsécrites aujourd’hui pour les films sonores » (René Clair). Le ballet, objet « sur-réaliste » selon Guillaume Apollinaire, porta sur lui l’attention du monde artistique. La provocation joua un rôle prépondérant dans sa réception houleuse. Le soir de la générale, le public était invité à apporter des lunettes noires et de quoi se boucher les oreilles. Le soir de la première, le dispositif scénique incluait 370 réflecteurs dont l’intensité variait au rythme de la musique et qui étaient dirigés vers l’assistance.

  • John ADAMS, Christian Zeal and Activity / 1973 / 10 min.

artistes

ensemble PTYX (direction : Jean-Baptiste Apéré)

flûte : Guillaume Coussy , Pauline Vanagt
hautbois : Hélène Aubineau
clarinette: Antoine Moulin, Jean-Baptiste Apéré
trompette : Philippe Boisliveau
percussions : Anne-Laure Bernard, Anne Rossignol
harpe : Philippe Carrillo
piano : Alice Diéval
violon : Géraldine Bisi, Pierre Malle
alto : Anthony Chéneau
violoncelle : Anne-Laure Py
contrebasse : Mathieu Nantois
soprano : Emilie Tillier

Cie La Lisière des Marges (direction artistique : Karine Bonneau)
chorégraphe associée : Agnès Pancrassin
danse : Marion Louis, Céline Pagès, Keely Sigot

Comédienne – lecture de textes d’Erik Satie : Aline Dubromel

conception, mise en situation : Jean-Baptiste Apéré
création lumières : Hélène Aubineau